Pisser debout sans lever sa jupe clôt la saison 2023-2024 du Périscope de la manière la plus flamboyante et époustouflante qui soit, tout en suscitant questionnements et réflexions sur notre rapport à l’autre et notre identité. Une pièce aux émotions belles et authentiques, qui insuffle un grand désir de joie de vivre.

Difficile de se lasser de l’écriture d’Olivier Arteau, auteur et metteur en scène de cette pièce ébouriffante. Il réunit sur scène des ami‧e‧s et artistes issus de plusieurs disciplines, qui, entremêlées, créeront au cours de la soirée un ensemble délicat et profond, propre à interroger nos constructions sociales, nos préjugés et les paradoxes de nos identités. Ou plutôt les identités multiples d’une jeunesse qui s’est construite comme elle a pu, dans un monde aussi individualiste qu’hyper-identitaire, où la sexualité est un marqueur excessivement important.

Projeté au fond de la scène, on peut lire que “les artistes jonglent avec leur être fictif, leur alter-égo. Celui qui les protège de la persécution et qui leur permet de créer une distance avec celle‧eux qu’ils sont vraiment”. C’est ainsi que par le biais de l’autofiction, de la performance, de la musique et de la vidéo en direct, chaque personne dévoile un peu de son identité et tente d’expliquer son cheminement personnel, ses failles, ses envies…

Ne vous laissez pas désarçonner par les premières minutes, cryptiques et peu accessibles. La suite vous réserve des bijoux de performance. À commencer par une ouverture polyphonique magnifique sur des mouvements de danse de Fabien Piché, qui livre là des bribes d’une histoire que l’on devine sombre. Tout au long de la pièce, les voix a capella, la musique, les chants, donnent lieu à des moments de grâce infinie, voire mystique, même quand le sujet est douloureux. La seconde partie débute sur une éblouissante performance de Vincent Roy. Et tout au long des 90 minutes de la pièce, qui passent bien trop vite, chaque artiste racontera son histoire, avec son univers, sa poésie, pour dévoiler, arracher une peau et accomplir une mue aussi belle que salutaire.

La scène de la Bachelorette Party, qui sert de premier acte, est jubilatoire, jouissive et excessivement drôle. Elle descend en flamme toutes les contradictions de notre époque et toutes les oppressions dont on peine à se défaire, même quand on “jacasse comme des Ghandi de la rectitude”. Les dialogues ciselés et punchés réservent des perles qui passent à la sulfateuse tous les buzzzwords dont on ponctue nos discours bien-pensants. Au prix d’un individualisme forcené: “vous performez vos identités, mais ça vous arrive-tu d’être à la défense d’autre chose que vous même?” s’interroge-t-on…

Pisser debout sans lever sa jupe est une pièce bourrée d’une réjouissante impertinence, à la sexualité crue et sans complexe (mais pas sans trauma), excessivement bien écrite et fabuleusement bien portée par ses interprètes. Elle fait vibrer nos mémoires collectives en formation et nous invite à la bienveillance, à prendre soin de son corps pour que nos esprits puissent s’y épanouir. Elle nous invite également à vibrer collectivement et à nous définir dans l’infinité de ce qui nous compose. On aime définitivement ce que cela dit de notre époque.

Informations complémentaires

  • Du 8 au 18 mai 2024.
  • Texte et mise en scène : Olivier Arteau
  • Distribution: Ariel Charest, Zoé Tremblay Bianco, Vincent Roy, Laurence Gagné-Frégeau, Jorie Pedneault, Fabien Piché, Sarah Villeneuve-Desjardins & Lucie M. Constantineau
  • Direction de production: Lucie M. Constantineau
  • Chorégraphies: Fabien Piché
  • Musique et interprétation: Sarah Villeneuve-Desjardins, Vincent Roy & Jorie Pedneault
  • Lumières et direction technique: Claire Seyller
  • Costumes: Wendy Kim Pires
  • Scénographie: Églantine Mailly
  • Vidéo : Laura-Rose Grenier
  • Dramaturgie: Sasha Dion