Si vous fréquentez les groupes Facebook consacrés au quartier, vous avez sans doute déjà vu passer certaines de ses œuvres: John Cisco consacre son temps libre à peindre les belles couleurs du Faubourg, pour son plus grand plaisir et le nôtre. Un artiste au parcours éclectique, qui s’implique également pour le transport collectif, en particulier le tramway.

Né dans l’Illinois au début des années 1950, John Cisco a passé une grande partie de son enfance en Ontario, où son père travaillait alors pour Sears. Après quelques allers et retours entre le Canada et les États-Unis, il s’installe finalement à Québec en 1975. Il profite alors d’une vie de bohème, vivant dans le Petit-Champlain, et travaillant dans le Vieux-Québec pendant 17 ans. Le temps de vivre un peu à l’étranger, il revient s’établir à Québec en 2001. Mais vous l’aurez compris, l’homme aime voir du pays. Il se reconvertit alors en routier longue distance, un métier qu’il exercera pendant plus de dix ans à bord d’un 18 roues. Retraité officiellement depuis deux ans, l’homme qui se plaît à dire qu’il a « pris sa retraite en 1968 » se consacre désormais à la peinture, et tout particulièrement au paysage quotidien des gens du Faubourg.

La peinture est entrée assez tôt dans la vie de John Cisco, qui peignait déjà à 17 ans. S’il a pris quelques cours au secondaire, il est surtout autodidacte. « Dessiner m’a toujours paru facile. C’est comme les musiciens, tu l’as ou tu l’as pas » nous explique-t-il lorsqu’on l’interroge sur sa formation. « Je trouve ça fascinant, créer quelque chose en deux dimensions » nous dit celui qui trouve dans les rues du quartier Saint-Jean-Baptiste une grande part de son inspiration actuelle. « Je suis ultra-sensible à la couleur, la lumière, le clair-obscur, l’architecture – qui est très belle ici! » ajoute-t-il, du soleil dans la voix.

« Faire une peinture peut être assez long. C’est un travail de patience » nous dit-il. « Je peux faire la base en deux semaines, mais le plaisir de peaufiner peut prendre bien des semaines après ça« . Il apprécie particulièrement la lenteur du travail, l’attention au détail. « Finir une belle œuvre, c’est une forme de méditation, c’est très satisfaisant« . Côté technique, il travaille à partir de photographies et préfère l’acrylique, dont les pigments lui permettent de mettre sur toile les couleurs qu’il aime tant. Par manque de place, ses tableaux restent d’une taille raisonnable, et il n’hésite pas à partager ses œuvres finies sur sa page Facebook ou dans les groupes de discussions du quartier.

Artiste et impliqué

Le tramway Place d’Youville – John Cisco

On connaît également John Cisco pour ses prises de position sur le tramway, qu’il souhaite voir se réaliser dans la ville, quoique sans portion souterraine. Son tramway idéal reprendrait les grandes lignes de ce que ce moyen de transport a déjà été à Québec: de surface, reliant la haute-ville et la basse-ville par la Côte d’Abraham, arrivant Place d’Youville, poursuivant sur les artères principales du centre-ville. « Il faut penser à la ville de Québec dans 50 ans, soit deux générations. L’autosoliste, c’est de plus en plus une chose du passé. Le tram doit dominer dans les rues« . Et on comprend la logique de vouloir le tramway en surface pour John Cisco: « on fait un tunnel uniquement parce qu’on ne veut pas déranger la circulation, alors qu’il faut l’insérer comme mode de transport principal, et arrêter de vouloir gaspiller des fonds publics » avec une partie souterraine. Il a d’ailleurs repris le tracé des lignes de tramway qui existaient à Québec sur une carte accessible en ligne, ce qui permet de voir combien ce mode de transport maillait le territoire de la ville jusqu’à la fin des années 1940 (ainsi que la rive-sud!).

Pour finir, quand on lui demande ses endroits préférés dans le Faubourg, on en revient naturellement à la lumière et aux perspectives d’un point-de-vue piéton. Il nous parle de l’escalier du Faubourg, « à côté de l’ascenseur, avec la vue sur la basse-ville« , de la « vue en haut de la rue Scott » ou de promenades sur la calme rue Lockwell. « J’aime ce qui n’est pas dérangé par les nouveaux blocs » dit-il, ajoutant qu’il préfère la brique – « jamais démodée! » -, les quelques maisons ouvrières qui restent ça et là dans le quartier… En bref, un amoureux du quartier, qui prend plaisir à nous le faire voir sous ses plus belles couleurs.