Épicerie européenne: ce qui va changer

Comme nous vous l’avions annoncé ici, une page se tourne pour la famille Colarusso: l’Épicerie européenne a changé de mains le jeudi 16 novembre. Éric Floch, le nouveau propriétaire, l’avait confirmé le jour-même au Bourdon, mais nous attendions de pouvoir le rencontrer pour être mieux en mesure de vous en parler.

C’est un secret de polichinelle, bien sûr que vous pouvez en parler!“. Ainsi répondit Éric Floch le jour du rachat de l’épicerie fine de la rue Saint-Jean proche de la Caisse Desjardins. Ce qui nous avait mis la puce à l’oreille, ce jeudi-là, c’est qu’il n’y avait pas en vitrine la traditionnelle livraison du jeudi. Ni saucisse de Morteau, ni saucisse de Lyon, encore moins de crépinettes ou d’andouillettes, mais juste du canard confit… le personnel se montrant toutefois à l’écoute pour répondre aux demandes des clients, comme toujours.

La semaine suivante, nous avons pu rencontrer Éric Floch. Originaire de Lorient, en Bretagne, cet homme de 49 ans est arrivé à Québec voici près de trente ans, en 1988. Il a commencé à travailler sur Cartier, mais a “toujours aimé la rue Saint-Jean“, a des amis dans le Faubourg, et ne rechigne pas à manger au Billig. Voilà qui, de prime abord, ne peut pas le rendre antipathique. En 2004, il s’installe au Marché du Vieux-Port et, sur une superficie de cent pieds carrés, ouvre une boutique dénommée La Route des Indes, en référence à ses origines lorientaises. Au fil du temps, cette boutique s’est agrandie, et ses épices se retrouvent dans plus de vingt points de vente, de Lévis à Chicoutimi.

Éric Floch se souvient encore de ses débuts, quand il allait lui-même en voiture à Montréal s’approvisionner. Quand on achète pour 400$ de marchandises, s’il faut ajouter 80$ de livraison, on ne peut pas tenir, explique-t-il en guise d’exemple de rationalisation des achats. Il se souvient aussi du temps où les bouchers étaient encore nombreux au Vieux-Port: il y avait même une annexe de chez Bégin. Mais le montage en coopérative de ce marché alimentaire l’empêche par exemple de servir du café, ou de découper de la charcuterie et des fromages. Alors quand le déménagement du marché loin des quartiers centraux s’apprête à devenir réalité, ce commerçant bon vivant décide de rester en ville. Et ce sera Saint-Jean-Baptiste. Depuis six mois il avait pris cette décision, après en avoir parlé avec Linda, une madelinienne qui travaille avec lui depuis dix ans et qui, depuis une semaine veille notamment au réaménagement de l’Épicerie européenne. C’est donc son visage souriant que les clients habituels découvriront en premier.

Moins d’une semaine après le changement de propriétaire, par exemple les huiles n’étaient plus à l’entrée à droite, mais à l’opposé, près de la caisse, sur les étagères centenaires. Quant aux épices, elles ont déménagé sur deux présentoirs, faisant plus de place dans les étagères proches du fromage à la coupe. Mais pour Éric Floch, il n’est pas question non plus de désorienter les clients. Les changements se feront progressivement, jusqu’à la fermeture fin décembre de l’épicerie du Vieux-Port. “Il y a tout un passé dans cette épicerie-là“, dit le repreneur, qui précise que son objectif est de rajouter des produits, pas d’en enlever. Et il compte même rajouter des charcuteries et des fromages. À l’instar de la femme de Mon rêve familier (de Verlaine), l’Épicerie européenne ne sera pas “ni tout à fait la même ni tout à fait une autre“.

Bien que Breton, Éric Floch est aussi intarissable qu’un Méditerranéen, tant sur son métier que sur l’évolution de la société. Photo F.A.

À terme, pour les soixante ans de l’Épicerie européenne, on devrait trouver dans l’épicerie réaménagée environ 5.000 références, autant qu’il en existe présentement au marché du Vieux-Port. Et pour cela, des travaux doivent commencer en mars 2018. Le sous-sol sera réaménagé sur 1.300 à 1.500 pieds carrés, et on y trouvera les thés, les infusions, les huiles et les vinaigres. C’est aussi au sous-sol que se fera l’empaquetage des épices… et par conséquent des étiquettes mentionnant la rue Saint-Jean seront dans tous les points de vente de la province, y compris dans le futur marché que le maire Labeaume tient à mettre au Centre Vidéotron.

Éric Floch a par ailleurs confirmé que, si trois clients demandent le même produit, il fera son possible pour le trouver, parce qu’il a “toujours eu cette notion commerçante” et que, si l’épicerie fine ne représente que 5% environ de l’alimentation, il faut que le client y trouve son compte. “Mon objectif est de garder les charcuteries, les fromages et les sandwiches“, dit-il, et “amener le client à obtenir ce qu’il veut“. Persuadé que “les artères commerciales vont revivre“, il déplore le manque de grands logements en ville. Il y a “trop de condos, trop de Airbnb“, et le Vieux-Québec “ressemble à Disneyland“, déplore-t-il, pas mécontent de s’installer dans le Faubourg.

Par | 2018-01-30T14:12:12+00:00 24/11/2017|Catégories : Art de vivre et consommation, Commerces|Mots-clés : , , , |2 Commentaires

À propos de l'auteur :

Fabien Abitbol
Journaliste depuis 1984, j'ai travaillé pour divers journaux français (régionaux ou nationaux) dont France Antilles, Le Courrier de l'Ouest, La République du Centre, L'Express, Le Monde, ou L'Humanité, ainsi que dans des médias spécialisés (essentiellement dans les secteurs santé-social et éducation). Blogueur depuis 2006, administrateur de la coopérative de journalistes Ensemble, collaborateur régulier de l'InfoBourg, je suis également administrateur du Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste depuis 2014, et résident du quartier depuis 2012.

2 Comments

  1. […] Jusqu’à la semaine passée propriétaire de l’Épicerie Européenne et citoyen longtemps engagé dans Saint-Jean-Baptiste, Francesco Colarusso raconte l’héritage de ses parents visionnaires tout en posant son regard de géographe sur l’évolution du quartier depuis que le mythique commerce a ouvert ses portes en 1959. […]

  2. Pierre-Claude Poulin 24 novembre 2017 à 19 h 49 min - Répondre

    Excellent et magnifique d’assurer la pérennité des piliers économiques du Faubourg St-Jean Baptiste.
    Bienvenu dans le quartier. La mixité “achat local et distribution au Québec” est source de succès.
    Au plaisir de se rencontrer.
    Pierre-Claude Poulin
    Boulangerie Pâtisserie Panetier Baluchon

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